Quand les lactobacilles n’aiment pas le sel !

On sait qu’une alimentation trop salée est néfaste à la santé. L’excès de sel perturbe le système cardiovasculaire et engendre des troubles du rythme cardiaque ou une hypertension artérielle. Le déséquilibre de la balance sodium / potassium a également des conséquences sur les reins et l’équilibre hydrique ou encore sur la transmission de l’influe nerveux. Enfin, il favorise l’acidification des tissus par une moins bonne élimination des électrolytes et des déchets cellulaires.

Cependant, un nouveau mécanisme d’action a été découvert.  Une étude récente, menée par des chercheurs de Cambridge, d’Erlangen et de Berlin, a fait un pas de plus vers la compréhension des conséquences d’une alimentation trop salée : ils ont découvert qu’une diète hypersalée impacte le microbiote intestinal, chez la souris mais aussi chez l’Homme, en éliminant certaines de ses bactéries, les lactobacilles plus spécifiquement.

Or, les lactobacilles sont très présents dans le microbiote intestinal. Ils font partie des souches probiotiques qui ont une action bénéfique en améliorant la digestion intestinale, l’immunité, le métabolisme et en interagissant étroitement avec le cerveau. Quand on les apporte via l’alimentation, la durée de vie et la résistance de ces bactéries à travers le tractus digestif dépendront du pH de l’hôte, de la présence de nutriments (notamment de fibres prébiotiques) et de la possibilité d’adhérer ou de coloniser l’intestin. Il existe de nombreuses souches différentes : par exemple, Lactobacillus acidophilus, Lactobacillus rhamnosus, Lactobacillus casei et Lactobacillus fermentum... Certaines de ces espèces sont très présentes dans les produits fermentés (choucroute, fromage, bière, cornichons…).

La diminution de ces lactobacilles a pour conséquence une augmentation de certains lymphocytes, les Th17, impliqués dans des pathologies comme l’hypertension artérielle et la sclérose en plaques. L’étude a ensuite démontré qu’une supplémentation avec le probiotique Lactobacillus murinus (espèce gram-positive présente physiologiquement dans le microbiote buccal, intestinal et uro-génital et qui constitue une potentielle solution pour faire face aux allergies alimentaires) permettrait d’inhiber cette augmentation et par conséquent de stabiliser une hypertension artérielle et diminuer les symptômes de certaines maladies auto-immunes.

Cette publication met à nouveau le microbiote intestinal au cœur de la santé avec de nouvelles perspectives thérapeutiques. Elle nous apporte également un nouvel éclairage sur les conséquences d’une alimentation trop salée, fréquente en Occident. La prise de probiotique n’exclue pas d’éviter de resaler et de diminuer la consommation de plats préparés ou d’aliments transformés !

Sources :

« Salt-responsive gut commensal modulates TH17 axis and disease »,  Nicola Wilck, Mariana G. Matus, Sean M. Kearney, Scott W. Olesen, Kristoffer Forslund, Hendrik Bartolomaeus, Stefanie Haas, Anja Mähler, András Balogh, Lajos Markó, Olga Vvedenskaya, Friedrich H. Kleiner , Dmitry Tsvetkov, Lars Klug, Paul I. Costea, Shinichi Sunagawa, Lisa Maier, Natalia Rakova, Valentin Schatz, Patrick Neubert, Christian Frätzer, Alexander Krannich, Maik Gollasch, Diana A. Grohme, Beatriz F. Côrte-Real, Roman G. Gerlach, Marijana Basic, Athanasios Typas, Chuan Wu, Jens M. Titze, Jonathan Jantsch, Michael Boschmann, Ralf Dechend, Markus Kleinewietfeld, Stefan Kempa, Peer Bork, Ralf A. Linker, Eric J. Alm& Dominik N. Müller.

« The probiotic activity of Lactobacillus murinus against food allergy », Chung-Hsiung Huang, Chien-Chang Shen, Yu-Chih Liang, Tong-Rong Jana.



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