E. coli au secours du syndrome de l’intestin irritable.

Une découverte fort prometteuse a été réalisée par des chercheurs de l’Inserm, de l’université et du CHU de Toulouse au sein de l’Institut de Recherche en Santé Digestive (Inserm/Inra/Université Toulouse III – Paul Sabatier, ENVT) : un probiotique spécifique serait en mesure de contrer les douleurs chez les personnes souffrant du syndrome des intestins irritables.

Qu’est-ce qu’un probiotique ? Selon l’OMS, c’est une « préparation microbienne vivante qui, lorsqu’elle est consommée dans des quantités adéquates, a une action bénéfique sur l’hôte en améliorant la digestion intestinale ». De nombreuses et différentes souches existent et toutes doivent répondre à certains critères pour satisfaire la définition de probiotique : par exemple, la stabilité au cours de la production et dans le produit fini, la tolérance face aux sucs digestifs (les souches doivent arrivées intactes dans les intestins), faire partie d’une culture reconnue internationalement. Les probiotiques connus sont principalement des bactéries (lactobacilles, bifidobactéries, entérocoques…) et des levures (saccharomyces), et chaque souche sera utilisée dans un contexte différent, pour faire face à différentes situations (troubles du transit, problème immunitaire, allergie et plus récemment des troubles nerveux…).

Dans le cadre de cette étude, c’est la bactérie Escherichia coli Nissle 1917 qui est sous les projecteurs. Bien connue outre-rhin et bénéficiant déjà de deux études cliniques prometteuses, la bactérie a été étudiée par une équipe de l’Inserm, afin de mieux comprendre les mécanismes à l’origine de la diminution des douleurs et inflammation digestives. L’équipe a démontré que cette bactérie, prise par voie orale, produit dans l’intestin de l’acide amino-butyrique (GABA) et des lipopeptides. L’acide gras lié au GABA permet à ce dernier de passer la barrière intestinale et d’inhiber l’activation des nocicepteurs, les récepteurs des neurones sensitifs responsables des douleurs viscérales avec un effet direct ; ainsi, il atténue la douleur. Une fois que l’équipe a pu identifier le lipopeptide rendu possible par la bactérie Escherichia coli Nissle 1917, des expériences ont été lancées pour confirmer son action anti-douleur et son utilisation médicale. A noter que les lipopeptides ne modifient pas la vitesse de transit ni la physiologie de l’épithélium intestinal, ce qui pourrait être très prometteur pour garantir l’absence d’effet secondaire.

Face au syndrome de l’intestin irritable, pathologie invalidante et douloureuse contre laquelle la médecine ne possède encore aucun traitement efficace, ce probiotique pourrait soulager grandement les patients, et aussi rappelle l’intérêt d’approfondir les recherches sur ces souches qui détiennent peut-être la solution face aux pathologies de notre siècle.

 

Source : Pérez-Berezo, T., Pujo, J., Martin, P., Faouder, P., Galano, J. M., Guy, A., … & Heuillet, M. (2017). Identification of an analgesic lipopeptide produced by the probiotic Escherichia coli strain Nissle 1917. Nature Communications, 8(1), 1314.



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